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Livre : Politiser le bien-être, de Camille Teste

Camille Teste était au bord du burn-out quand elle a découvert le yoga à ses 24 ans lors d’un séjour à Casablanca au Maroc. C’est en 2020 qu’elle met un terme à sa carrière de journaliste pour se professionnaliser dans le secteur du bien-être.

Et en Avril 2023, cette ancienne étudiante en philosophie puis journaliste spécialisée dans les enjeux de justice sociale et reconvertie en professeure de yoga, publie son premier livre : Politiser le bien-être aux éditions Binge audio (collection dirigée par Victoire Tuaillon). 

Alors qu’une partie de ses connaissances s’est aussi reconvertie dans le secteur du bien-être : « Je me suis alors interrogée: pourquoi cet engouement planétaire? Que s’est-il passé pour qu’un marché qui existait encore de façon anecdotique jusqu’au début du 21ème siècle s’impose non seulement comme un fait économique, mais aussi comme un fait social, culturel et, nous le verrons dans ce livre, comme un fait politique? » 

Déconstruire le bien-être!

Dans la première partie de cet ouvrage, Camille déconstruit le bien-être : il s’agit d’un marché aujourd’hui au service des idéologies dominantes, et le meilleur ami du néolibéralisme! Elle fait notamment le point sur les dérives introduites par les nombreuses pratiques qui composent le bien-être, car «L’avènement du bien-être a offert un nouveau terrain de jeu à des idéologies complotantes, réactionnaires, voire fascisantes.» 

Un point est aussi fait sur les pratiques à repenser et à se ré approprier pour une société plus saine : « à quelles conditions les pratiques de bien-être pourraient-elles être bénéfiques, socialement et politiquement? ». Et en effet, « Ces pratiques individuelles, souvent présentées comme des solutions aux problèmes collectifs, nourrissent une logique de petits gestes, idéale pour ne surtout rien changer. »

À défaut de pouvoir changer l’ordre du monde, nous tentons de nous changer nous-mêmes.

Dans la seconde partie de cet essai, elle s’intéresse à la reconstruction de ce bien-être : en ce que les pratiques qui le composent peuvent avoir de révolutionnaire, pour contribuer à l’émancipation des individus mais aussi faciliter les luttes. Notamment en évitant le burn-out militant « en vous occupant de vous-mêmes, vous préservez votre capacité à lutter: si vous brûlez, vous ne servirez plus à rien. »

Elle nous invite enfin à politiser les espaces de bien-être pour entre autres accompagner tous les corps dans leurs différences, créer une culture du consentement et développer un respect des cultures. « Dans une sorte de condescendance un peu raciste, nous déléguons aux sagesses et aux spiritualités d’autres cultures la charge de l’irrationnel. » 

Dans une culture qui nous dissocie de nos corps en permanence, la possibilité de porter attention aux signaux qu’ils expriment et d’en faire quelque chose n’a rien d’une évidence. 

Pour l’écriture de son essai, Camille s’est rapprochée du centre de recherche leader en matière de bien-être, le Global Wellness Institute (GWI) créé en 2007.  « Selon l’institut, le bien-être, qu’il appelle wellness, englobe toutes les activités, choix et modes de vie qui ont pour fonction première d’atteindre « un état de santé holistique », c’est-à-dire à la fois physique, mental, émotionnel, spirituel. Dit autrement, une activité de bien-être est une activité dont l’objectif principal est la recherche d’un équilibre intégral. »

C’est d’après les rapports du GWI réalisés entre 2019 et 2022, que l’on apprend que le marché du bien-être est générateur d’un chiffre d’affaire annuel de 4400 milliards de dollars dans le monde et qui en vingts ans, comme le dit si bien Camille « s’est imposé comme l’une des poules aux oeufs d’or du capitalisme. » Alors que depuis 2010, la croissance de ce secteur qui est de 8 à 12% par an n’a pas vraiment été ralentie par la crise du Covid début 2020; c’est même cette dernière qui est directement liée d’après l’OMS, à l’augmentation de 25% de l’anxiété et de la dépression dans le monde. 

Enfin elle termine cet essai en suggérant une désadaptation au système dans lequel nous vivons, et nous propose des solutions concrètes comme l’exigence de la lenteur, revendiquer le plaisir, cultiver la vulnérabilité et enfin une spiritualité engagée. 

Aujourd’hui, les gens qui ont le moins accès au bien-être sont aussi ceux qui en auraient le plus besoin.

Après la lecture de ce livre, l’évidence s’impose: tous les professionnels du bien-être devraient s’interroger sur la portée politique de leurs pratiques personnelles et professionnelles. Cet essai engagé, permet à la fois de nous enrichir d’informations au niveau historique, culturel, économique et social; et surtout de nous responsabiliser sur la portée politique de nos pratiques

« Car, aussi imparfait soit-il, le milieu du bien-être est aujourd’hui l’un des rares espaces où l’on se donne la permission d’être des corps – jouissants, vibrants, transpirants – dans un système qui ne considère ces corps que comme des variables d’ajustement. »

Pour aller plus loin

Interwiev de Camille Teste par MARTHE MABILLE de Vogue France en Mai 2023 : https://www.vogue.fr/article/camille-teste-politiser-le-bien-etre-livre-interview

Instagram de Camille Teste : https://www.instagram.com/camille_teste/?hl=fr

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